Le désert | Rencontre avec notre ennemi
série : Facile à utiliser. Silencieux. Présent. | Texte biblique : Matthieu 4:1–11
Le désert, c’est un endroit où Dieu nous conduit – parfois sans qu’on le veuille, parfois on le cherche consciemment. Dans le silence, les voix intérieures se font entendre et le combat spirituel devient visible : des désirs désordonnés, le monde et le diable essaient de nous éloigner de Dieu. Jésus nous montre comment la vérité de Dieu démasque les mensonges. Mais il n’est pas seulement notre modèle : le Christ a remporté cette bataille pour nous. Le désert nous conduit plus profondément dans la rencontre avec Dieu.
Il y a quelques années, une équipe de chercheurs de l’université de Virginie a mené une expérience intéressante. Les participants ont été placés un par un dans une pièce sans aucune distraction. Ils avaient le choix : ils pouvaient rester assis seuls dans cette pièce pendant 15 minutes et se laisser aller à leurs pensées. Ou bien ils pouvaient s’infliger un choc électrique. Pour ça, on leur a mis une bande conductrice autour de la cheville. Ils pouvaient appuyer eux-mêmes sur un bouton. Une décharge électrique puissante, mais sans danger, traversait alors leur corps. Ce qui est étonnant, c’est que : deux tiers des hommes et un quart des femmes ont effectivement choisi le choc électrique plutôt que de passer 15 minutes seuls avec leurs pensées. Un scientifique a résumé ce résultat en ces termes : la plupart des gens semblent préférer faire quelque chose plutôt que de ne rien faire – même si ce « quelque chose » est négatif.
Blaise Pascal (XVIIe siècle) : «Tout le malheur des gens vient du fait qu’ils ne savent pas rester tranquillement chez eux.»
Friedrich Nietzsche (XIXe siècle) : «Quand on est seul et qu’on se retrouve dans le silence, on a peur qu’on nous chuchote quelque chose à l’oreille ; c’est pour ça qu’on déteste le silence et qu’on s’étourdit avec la vie sociale.»
Pourquoi ça ? Peut-être parce que le silence n’est pas si silencieux que ça. Quand les distractions extérieures disparaissent, les voix intérieures se font entendre. Et ça explique peut-être pourquoi on a tant de mal avec le désert. Là-bas, y a pas grand-chose pour nous distraire. On se tait… et on ne rencontre pas seulement Dieu et notre propre cœur. Parfois, on y rencontre aussi notre ennemi.
Dans les deux premiers sermons, on a vu que le désert, c’est la salle de classe de Dieu. Et c’est aussi un lieu où on rencontre son propre cœur. Aujourd’hui, on va parler de la rencontre avec notre ennemi. Et ça soulève une question cruciale : à quelle voix est-ce que je crois ?
Dieu nous emmène parfois dans le désert
Matthieu commence ainsi : «Après ça, Jésus a été conduit par le Saint-Esprit dans le désert, pour y être mis à l’épreuve par le diable» (Matthieu 4,1 NLB).
Ce n’était donc pas son idée ni son initiative. C’est la voix séduisante de Dieu qui l’a conduit dans le désert. Un autre biographe de Jésus, Marc, va encore plus loin : «Juste après, le Saint-Esprit a poussé Jésus à partir dans le désert» (Marc 1,12 NLB). C’est exactement comme ça que le Saint-Esprit agit régulièrement dans nos cœurs. IL nous invite à nous retirer de notre travail, de nos activités trépidantes et de toutes nos distractions, pour entrer dans le silence, simplement pour écouter et attendre Dieu. On n’a pas besoin d’attendre que la vie nous pousse dans le désert. On peut se créer volontairement des moments de désert : un moment sans portable, une balade tout seul, une matinée avec la Bible, une heure de prière ou un moment de jeûne. Et nous découvrirons nous aussi que le silence n’est pas simplement un lieu de bien-être spirituel, mais un lieu de combat – l’endroit où on affronte nos démons.
Car quand les voix extérieures s’atténuent, on finit par entendre les voix intérieures. C’est exactement ce qu’ont vécu les pères et les mères du désert de l’Église primitive. Ils se sont retirés volontairement dans le désert. Pas seulement pour fuir le monde. Ils sont allés dans le désert pour apprendre à se battre. Parce que quand je me tais, mes combats ne disparaissent pas. Ils deviennent tangibles.
Markus raconte brièvement cet épisode dans le désert : «Pendant quarante jours, il y a été tenté par Satan. Il vivait au milieu des bêtes sauvages, et des anges prenaient soin de lui» (Marc 1,13 NLB). Dans ce décor désertique, on retrouve Jésus, les anges et des animaux sauvages. Ces animaux sauvages symbolisent un lieu de combat.
Tu connais peut-être ça : tu t’assois, tu veux prier… et tout à coup, toutes sortes de pensées te viennent à l’esprit. Tu deviens agité et tu prends ton portable. Tu te rends peut-être compte : « J’ai l’habitude de fuir qui je suis vraiment. » Le désert nous oblige à regarder en face. Et il crée un espace pour écouter Dieu.
Dans le désert, on apprend à quelle voix on fait confiance
Jésus passe quarante jours dans le désert. Physiquement, il est à bout. Il a faim. Mais spirituellement, Jésus est loin d’être au plus bas. Il est faible physiquement, mais spirituellement, il est au sommet. Car son baptême est imminent. Le ciel s’ouvre. Le Père dit : «C’est mon fils bien-aimé, en lui j’ai une grande joie» (Matthieu 3,16 NLB).
Jésus part donc dans le désert, fort d’une expérience profonde de l’amour du Père. Et voilà que le tentateur arrive : «Si tu es le Fils de Dieu […]» (Matthieu 4,3 NLB).
Le père dit : «Tu es mon fils bien-aimé.» L’ennemi dit : «Si tu es le Fils de Dieu.» Dieu te donne ton identité. L’ennemi remet ton identité en question. Et c’est souvent comme ça que la tentation marche chez nous aussi. «Tu ne suffis pas.» «Tu dois faire tes preuves.» «Dieu n’est pas vraiment bienveillant envers toi.»
Souvent, le combat ne commence pas par notre comportement. Il commence par nos pensées et par les voix auxquelles on croit. Les anciens Pères du désert parlaient de trois grands ennemis de l’homme : le monde, la chair et le diable. Et on peut aussi reconnaître ces trois niveaux dans les tentations de Jésus.
La viande
«[…] transforme ces pierres en pain» (V.3 NLB). Jésus a faim. Ce besoin n’est pas mauvais. La tentation, c’est de vouloir satisfaire ce besoin sans compter sur Dieu. C’est ça, la chair : nos désirs désordonnés de sécurité, de reconnaissance, de contrôle ou de satisfaction. La question, c’est : est-ce que je vais céder à mes envies… ou faire confiance à Dieu ? «Jésus répondit : ‘ Non ! L’Écriture dit : L’homme ne vit pas seulement de pain. Il vit aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ’» (V.4 NLB).
Le diable
Puis Jésus est conduit sur les remparts du temple. Le tentateur va même jusqu’à citer la Bible : «Saute ! Dieu te rattrapera.» En d’autres termes : des preuves que Dieu t’aime. Nous connaissons nous aussi cette petite voix : « Seigneur, si tu m’aimes vraiment, alors tu dois maintenant… » Mais Jésus répond : «Mais l’Écriture dit aussi : ‘ Ne mets pas le Seigneur, ton Dieu, à l’épreuve. ’» (V.7 NLB). On n’a pas besoin de forcer Dieu à nous prouver son amour.
Le Monde
Puis le diable montre à Jésus les royaumes du monde : «Je veux te donner tout ça.» Une couronne sans croix. La gloire sans obéissance. Le succès sans dévouement. La gloire sans obéissance. Le monde dit : « Tu dois devenir quelqu’un et t’imposer. » Jésus choisit le chemin de Dieu. Pas le raccourci. Pas la gloire sans croix. Mais l’obéissance.
Dans ces trois situations, Jésus répond par la Parole de Dieu. Il ne discute pas avec le tentateur. Il s’ancre dans la vérité. «Si vous suivez mes paroles, vous serez vraiment mes disciples. Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.» (Jean 8,31 et suivants, NLB). Rester dans sa Parole. Reconnaître la vérité. Faire l’expérience de la liberté.
Le désert fait ressortir les voix. Et là, on peut se demander : qu’en dit Dieu ? Toutes les pensées ne sont pas vraies. Toutes les peurs ne sont pas des prophéties. Tous les sentiments ne correspondent pas à la réalité. On doit apprendre à faire la différence : qu’est-ce que mon cœur me dit ? Qu’est-ce que le monde dit ? Qu’est-ce que l’ennemi dit ? Et qu’est-ce que Jésus dit ? Plus on reste près de Jésus, plus on reconnaît sa voix.
Le Christ remporte la bataille pour nous
Cette histoire n’est pas un sermon ! Ça ne veut pas dire : «Jésus a résisté à la tentation. Alors, fais de ton mieux et fais pareil.» Non. Matthieu nous raconte quelque chose de bien plus grand. Jésus résiste là où d’autres ont échoué. Adam était dans le jardin. Tout allait bien. Pas de faim. Pas de solitude. Pas de désert. Et pourtant, il a écouté la voix du serpent. ».
Jésus se trouve à l’opposé : dans le désert, affamé, seul et épuisé physiquement. Et pourtant, il reste fidèle. Jésus est le nouvel Adam. Il réussit l’épreuve là où l’homme a échoué.
Et le combat ne s’arrête pas dans le désert. Le désert annonce déjà le Golgotha. Là aussi, Jésus est mis à l’épreuve : «Eh bien, sauve-toi toi-même et descends de la croix !» (Marc 15,30 NLB). Prouve qui tu es. Mais Jésus reste là. Pas parce qu’il n’aurait pas pu descendre. Mais parce qu’il voulait nous sauver. C’est pour ça que Jésus n’est pas seulement notre modèle. C’est notre Sauveur.
Quand on est mis à l’épreuve, on n’est pas tout seul. Jésus a déjà parcouru ce chemin avant nous. La Lettre aux Hébreux dit : «Ce Grand Prêtre comprend nos faiblesses, car il a été confronté aux mêmes tentations que nous, mais il n’a pas péché» (Hébreux 4,15 NLB).
Jésus connaît le combat. Il connaît la faim, la solitude et la tentation. C’est pour ça qu’on peut venir vers Lui en toute franchise. Pas seulement quand on a gagné. Mais justement au cœur du combat. Notre espoir, ce n’est pas d’être toujours forts. Notre espoir, c’est le Christ, qui est resté fidèle.
C’est peut-être là la question centrale de ce sermon : «Quelles sont les voix qui influencent ma vie ?» La voix de ma peur ? De ma culpabilité ? De ma performance ? De la société ? Du tentateur ? Ou la voix de Jésus ? »
C’est pour ça qu’on a besoin du désert. Pas parce que Dieu s’adresse toujours à nous de façon spectaculaire là-bas. Mais parce que là-bas, plein d’autres choses s’estompent. C’est là qu’on apprend à faire la différence, à prendre la Parole de Dieu au sérieux et à répondre aux mensonges par la vérité. Marc raconte que Jésus a été pris en charge par les anges dans le désert. Le désert, c’était le lieu du combat. Mais ce n’était pas un endroit où Dieu était loin. C’est l’Esprit qui avait conduit Jésus là-bas. Et le Père ne l’avait pas abandonné.
Le désert n’est pas une fin en soi. Mais il peut devenir un endroit où on apprend à écouter, à discerner et à faire confiance. Et quand on a appris à reconnaître les voix de l’ennemi, un désir encore plus profond naît en nous : ce n’est pas seulement de savoir à quelle voix on ne doit pas croire, mais aussi d’apprendre à mieux connaître la voix de Dieu lui-même.
Ce n’est pas seulement pour affronter l’ennemi. C’est pour rencontrer Dieu.
Questions possibles pour le petit groupe
Lire le passage biblique : Matthieu 4,1–11
- Quelles « périodes de désert » ai-je traversées dans ma vie – des périodes imposées ou que j’ai moi-même choisies ? Qu’est-ce que Dieu a accompli en moi à travers elles ?
- Qu’est-ce qui se passe en moi quand tout devient calme ? Quelles pensées ou quelles voix intérieures se font alors particulièrement fortes ?
- Parmi ces trois niveaux – le monde, les désirs désordonnés ou le diable –, lequel est-ce que je ressens personnellement le plus comme un défi pour ma foi ?
- Quel mensonge ou quelle pensée me revient sans cesse à l’esprit ? Et quelle vérité de Dieu est-ce que je voudrais opposer à ce mensonge ?
- Concrètement, qu’est-ce que ça pourrait être pour moi, cette « période de désert » la semaine prochaine, pendant laquelle je vais prendre le temps de faire le silence et d’écouter la voix de Dieu ?
